Mélancolie Nationale

Octobre… Je sors au métro Olympiades, Paris 13e. Mes vacances ne m’imposent aucun but précis. Entre les rues de Tolbiac et Nationale, mon coeur balance. J’opte pour la seconde. Durant cinq cent mètres, je ne cesserai de me demander pourquoi.

Existe t’il un endroit plus triste que cette nouvelle rue Nationale ?
Vidée de sa substance, cette voie autrefois si commerçante n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut. Et encore… Peut-on se raccrocher aux ombres quand les silhouettes ont à ce point changé ?

La grande faucheuse a fait son travail. Les immeubles populaires furent moissonnés avec soin au profit de vilaines barres. Disposées en retrait ou en biais, elles évoquent le travail d’un enfant maladroit avec des cubes trop grands pour lui.
Arasons de la vie au ryhtme des bétonneuses – construisons plus large, plus haut, plus aéré… plus vert peut être ?
Plus vert ? Quoi dire ? De misérables jardins introduisent l’entrée de certains immeubles. Maigres buissons, ternes feuillages, ici l’automne semble éternel. Quelques arbres anémiques agrémentent les trottoirs. Cette triste verdure nous rappelle que non, Paris n’a jamais été construit à la campagne.
Promoteurs, offrez à ce quartier la place qu’il mérite dans la nouvelle cité. Habitants anonymes, aplanissez vos vies derrière vos télés et fenêtres empilées. Ne vous parlez pas, ne vous attardez pas, consommez jusqu’à en crever..

Après trois cent mornes mètres, je déboule sur ce qui fut la place Nationale. À droite les rues Clisson et Lahire filent le long d’improbables blockhaus jusqu’à la zone Jeanne d’Arc. Face à moi, un cube. Oui, un cube… Un cube évidé et bancal. Parfaite synthèse de l’ensemble, une excroissance ventrue sur la facade évoque l’architecte repu.

Retour en 1968. La place est méconnaissable. Qui se souvient du chausseur Dalys, des bistrots crapoteux et magasins disparates évaporés sous l’uniforme ? Seul l’immeuble d’angle de la rue du Château des Rentiers est encore debout. Preuve s’il en est, que certaines réhabilitations restaient possibles.

Les défenseurs de ce monstrueux Monopoly vous diront que 8% des habitations d’origines possédaient une salle de bains. Qui suis je pour les contredire ? Ces petits immeubles construits à la va vite pour les classes populaires avaient bien mal vieilli. Bien sûr, les façades pelées témoignaient d’une décrépitude annoncée. La rénovation était indispensable, mais étions nous obligés de raser des vies pour cultiver des tours ? Ne pouvions nous pas repenser les choses à hauteur d’homme ? La rue Nationale fut reconstruite à l’échelle d’une ville fantasmée, alors qu’elle aurait dû rester village.
Arrivé au métro, je ne puis m’empêcher de penser au mépris sous jacent à cette révolution architecturale. Cette volonté de nettoyage a transformé le coin en cité dortoir… façon de conforter le 13e dans son rôle d’arrondissement subalterne.

Tous ces quartiers possédaient autrefois leur propre écosystème. La population habitait souvent à proximité de son lieu de travail. Le treizième d’antan comptait des dizaines d’usines: Panhard, les chocolat Lombard, la raffinerie Say et beaucoup d’autres, toutes disparues dans les années 60. Aujourd’hui, redevenu « ventre de Paris« , le centre fédère l’omniprésent secteur tertiaire. On y bosse, on s’y toise, on s’y compare, mais quand vient la fin de la journée, on retourne s’entasser en périphérie.

Pauvre Paris, pauvre monde.

Nicolas Bonnell 2016

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