Cauchemars métropolitains

Né en 1976 à Paris, je suis un vrai parisien. Un des rares que je connaisse.
De nombreuses images bercent encore le souvenir de mes premières années. Au delà des écoles, commerces et enseignes, mes premiers voyages en métro m’ont beaucoup marqué.
De ces trajets me reste le souvenir de stations oranges, d’un lapin se prenant les doigts dans les portes et d’une forte odeur de plastique chauffé.
Je ne le savais pas encore, mais ces premières sensations m’avaient ouvert la porte d’un monde pour lequel j’éprouverai bientôt une véritable fascination.

Les années passèrent. Il me semble être resté assez loin du métro jusqu’en 1986, année de mon entrée en 6e. Habitant proche de la porte Champerret, j’empruntais la ligne 3 pour me rendre au collège Carnot. Trois stations me séparaient de l’objectif : Pereire, Wagram, Malesherbes. Au delà, c’était l’Australie.
Durant mes trajets, je gardais souvent les yeux rivés sur le plan de la ligne placé au dessus des portes. Mon jeune esprit se perdait en mille conjectures à propos de la suite de cette ligne dont je ne connaissais qu’une portion préliminaire. 
L’apparence des stations me préoccupait au point d’être devenu une véritable obsession. À quoi ressemblait Europe ? Quid de République ? Les murs de Parmentier étaient-ils recouverts d’un treillage comme je l’avais entendu ? En y repensant, on ne devrait jamais cesser d’avoir 10 ans.

Une distraction feinte me permettait de d’oublier parfois mon arrêt et pousser quelques stations plus loin – à Louise Michel ou Villiers par exemple, dont la hauteur inhabituelle des quais me faisait grand effet. Le sentiment d’avoir franchi une frontière interdite me permettait de surmonter ma peur de l’inconnu.

Le fantasme avait pris une ampleur telle, que ma grand mère, fatiguée par mes questions, me proposa d’effectuer un parcours complet – aller retour je vous prie – sur l’ensemble de la ligne 3. Fou de joie, je passais ainsi un mercredi après midi le nez collé à la vitre d’une rame de métro dans l’attente fébrile de la prochaine station.

Autre temps autres mœurs, elle m’avait recommandé de ne jamais m’installer dans les wagons de têtes ou de queue, plus exposés en cas d’accident. Je vous transmet le conseil au passage. Par les temps qui courent, on ne sait jamais.

Cette étrange manie m’accompagnait aussi la nuit, à travers deux rêves récurrents qu’il m’arrive de faire encore aujourd’hui.

Je descends dans le métro à ma station habituelle. La rame démarre mais me conduit sur une ligne inconnue… Nouvelles stations, nouveaux noms et impossibilité de retrouver mon chemin dans ce nouveau dédale.

Le second rêve est plus troublant. Plongé au cœur d’une station inondée, je dois nager à contre courant pour gagner le tunnel. Le niveau de l’eau dépasse un peu celui des quais. Autour de moi, la gare me paraît plus large que ne l’exige le standard et aucune publicité ne s’affiche sur la faïence de la voûte.

La chose aurait pu rester bloquée dans le tiroir de l’enfance. Quoique…
Une dizaine d’années plus tard, en commençant mes recherches sur les images d’un Paris révolu je fus foudroyé par la découverte d’une photo de la station Odéon prise en 1910 durant la crue de la Seine… dont je précise n’avoir jamais entendu parler jusqu’à un âge avancé.

Toute y était ! L’eau, les murs vierges… il ne manquait que moi perdu au milieu.
Il fallait se rendre à l’évidence, mes anciennes vies ont été moins marrantes que le souvenir que j’en avais.

NB

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1 commentaire sur “Cauchemars métropolitains

  1. Les « tiroirs de l’enfance » c’est bien commode, laissons-les ouverts, ils sont la vigie céleste de la jouvence éternelle de nos âmes !

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